impertinentes

Rien à foutre ! Un cri qui dérange dans la bouche des femmes. Comble de l’impertinence ? Ou premier pas vers la liberté ?

L’œil rivé sur l’objectif, Shirley Hicter s’est promenée dans les rues de Bruxelles, d’Anvers, de Paris et de Rome, traquant à travers le visage des mannequins en vitrines une certaine image des femmes modernes. Des clichés hors du commun qui, au-delà de leur force esthétique, nous interrogent sur la place que le sexe soi-disant faible occupe dans notre société, jusqu’à révéler, en filigrane, la force libératrice qui l’habite.

En compagnes de route, Laurence Rosier, linguiste, et sept autres femmes talentueuses offrent leur point de vue sur la question et viennent admirablement compléter ce roman photographique sensible et charnel : Olivia Borlée, Myriam Leroy, Isabelle Arpin, Béa Ercolini, Amélie Nothomb, Nathalie Uffner et Viviane Teitelbaum.

Photo de la couverture du livre
Image de la photographe Shirley Hicter

Shirley Hicter est photographe de rue. Reconnue pour sa sensibilité et sa spontanéité, elle privilégie les prises intuitives avec pour résultat des photographies parfois déroutantes, de belles et touchantes histoires racontées… Ses photographies ont fait l’objet de plusieurs expositions à Bruxelles et Paris.

Laurence Rosier est professeure de linguistique et d’analyse du discours à l’Université Libre de Bruxelles. Elle est spécialiste des violences verbales. Elle a publié de nombreux articles et des ouvrages sur la langue française et l’insulte. Elle a été commissaire de l’exposition « Salope et autres noms d’oiselles » (ULB novembre 2016).

Image de l'écrivain Laurence Rosier
Image du chapitre de l'enfance

l'enfance

Il fallait bien se conduire
On ne jouait plus dans la même cour
On se lissait aux aspérités sociales
On lissait tout, ses cheveux son coeur son âme
On oubliait qu’on était combattante
On souriait
On prenait la pose on pensait à autre chose c’est la chanson qui le disait
On se griffait comme on grandit

Image du chapitre de l'adolescence

l'adolescence

Et puis
Marie-couche-toi-là, salope
La liberté devait-elle se chuchoter ?
Tu veux bien remettre ce sein à sa place,
cachez ce désir qui ne peut se dire
Quelle impertinence !
Parle pas la bouche pleine
Alors se taire et chercher d’autres chemins
Je me sentais déplacée
Triomphante j’étais
Invisibles on nous voulait

Image du chapitre de la femme

la femme

Maman boulot bimbo
Je me souviens de la poudre de riz
Se couvrir la peau
Se recouvrir comme une cachette
La peau douce
L’odeur
Tiens-toi droite rentre les épaules
Efface et montre-toi

Image du chapitre de la mère

la mère

Et si mon ventre ne gonflait pas ?
J’avais honte
La maternité devenait encombrante
Le ventre restait vide
Fallait-il être mère pour être femme ?
Les scénarios étaient pourtant multiples
Elle est là
Une fille dont déjà je songeais à la silhouette, elle sera…
Il est là parce qu’il était déjà là
Qu’importe Mater dolorosa ?
Et celles qui ne s’envolent pas ? Oh les impertinentes rentrez dans le rang !

Image du chapitre de la posture

la posture

Une femme avec son corps assumé mais vite rattrapé
Une silhouette un peu alourdie ils ne pensaient pas que c’était d’eux
La génitrice la matrice leur origine
Et puis la mer, la source
J’étais urbaine je me découvrais marine
Il fallait se rhabiller
J’étais une illusion
Une blague

Image du chapitre de la désirante

la désirante

L’autre à mes côtés me regarde comme une hardiesse
Presque une admiration
Il me laissait les ailes pousser
Tant que je volais là tout près
Le vif joug léger
Oserai-je partir ?
Pour où, pour quoi, pour quand
Reste
Reste

Image du chapitre de l'enfance

la libérée

RIEN à FOUTRE
comme un slogan
TOUT à FOUTRE
Mais ce que j’ai choisi
Ce qui me lie
Ce qui me fait vibrer
Ce qui me soulève
Ce qui me rend à moi-même et aux autres
Ce qui m’engage…